Étape A: Maison Tzara
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Clignancourt
Le 18ème arrondissement est sûrement le plus contrasté de Paris, nous faisant passer sans transition du village africain à une ville haussmannienne ou au « maquis » des peintres. Seul, l’immuable point de vue sur le Sacré-Cœur donne un point de repère unifiant. Le découpage administratif a contribué à brouiller la lecture urbaine. Le développement qui partait de l’enceinte des Fossés Jaunes vers le sommet de la butte s’est trouvé interrompu par la barrière des Fermiers Généraux en 1784. Une partie, l’actuel 9ème arrondissement, s’est trouvée dans Paris avec toutes ses contraintes, l’autre, à l’extérieur, s’est développée autour d’activités favorisée par l’exonération de l’octroi. Au nord, c’est l’enceinte suivante qui a coupé les échanges et les activités traditionnels entre Montmartre et Saint-Ouen ou la basilique de Saint-Denis. Enfin, les lignes de la gare du Nord ont isolé une partie du village de la Chapelle.
Montmartre et La Chapelle
Comme les villages de Belleville et de Mesnil-Montant sur les autres collines, Montmartre a commencé par être une agglomération de quelques maisons paysannes placées au-dessus des zones inondables de la rive droite. Le vin de Montmartre avait une bonne réputation avec quelques appellations comme celui de la Goutte d’Or qui devait être un blanc à la robe dorée. Au 11ème siècle une importante abbaye de religieuses relevant de l’ordre de Saint-Benoît prend possession des lieux et organise la vie de la colline. Quelques siècles plus tard, perdant peu a peu de sa grandeur, les sœurs vendent des terrains, favorisant l’implantation de nouvelles constructions et laissant les carriers venir multiplier les extractions de gypse qui sert à faire le plâtre pour les façades parisiennes.
Le hameau de Clignancourt
Entre les deux villages de Montmartre et de la Chapelle, le versant nord de la butte et la plaine allant vers Saint-Ouen appartenaient à une seigneurie dépendant de Saint-Denis depuis le Moyen Âge. Différents textes au cours des siècles y font référence : en 1235, le cartulaire de Notre-Dame désigne Adam Harent comme propriétaire des lieux ; au siècle suivant, le fief est réputé appartenir à l’abbaye de Saint-Denis ; en 1426 il semble appartenir à un simple bourgeois du nom de Jean Turquan. Elle appartient encore à des particuliers au 16ème siècle puis, un siècle plus tard à l’abbaye de Montmartre. A la Révolution, l’abbaye disparaît et Clignancourt est rattaché administrativement au village de Montmartre. L’étymologie de ce nom vient de l’antique propriétaire romain Clénius. En latin curtis signifiant le domaine, nous avons le domaine de Clénius : Clénius curtis, qui devient Clignancourt.
Seules quelques masures se tenaient à l’intersection des chemins de Bœufs (rue Marcadet) et de la Procession Saint-Denis (du Mont-Cenis). La maison du seigneur se situait au niveau du 101 rue Marcadet. Deux chemins menaient vers le village de la Chapelle : le chemin de la Chardonnière et le chemin de la Croix-Moreau actuellement rue du Simplon et rue des Portes Blanches. Les autres voies et le parcellaire découlent directement du découpage agricole ancestral. Au 19ème siècle, l’emprise des voies de la gare du Nord à partir de 1846 a modifié le rapport entre Clignancourt et la Chapelle.
Bien que, bizarrement, il n’est pas eu de répercussion urbaine significative, le véritable fait historique marquant est lié à l’histoire de Saint-Denis et de ses compagnons Rustique et Éleuthère. C’est au 3ème siècle que le Pape envoie sept évêques pour évangéliser la Gaule. Les trois évêques, Denis en tête, arrivent à Paris et parviennent à convertir bon nombre d’habitants. Les adeptes des autres Dieux s’en inquiètent et réclament l’intervention de l’empereur Domitien qui envoya des troupes à Paris. Les arrestations commencent chez les nouveaux chrétiens et les trois évêques sont mis en prison. Le prévôt Sisinnius Fesceninus leur demande aimablement dans un premier temps, puis sous la torture de renoncer à l’évangélisation de la France. Les évêques ne reculant pas, ils sont condamnés à être exécutés en haut de la butte Montmartre devant un temple dédié à Mercure. En réalité, les soldats exécutèrent les Saints à mi-pente et devaient ensuite jeter leur corps dans la Seine. Une chrétienne, Catulla, qui avait échappé au massacre, les accompagne lors de ces exécutions et récupère les corps pour les ensevelir suivant le rite chrétien. Quelques siècles plus tard, la transmission de l’épisode par la tradition orale avait légèrement enjolivé la fin des Saints. Ils auraient bien été exécutés durant l’ascension de la butte mais, les trois évêques se seraient relevés, aurait pris leur tête et auraient marché six kilomètres jusqu’à Saint-Denis. Sur leur sépulture le blé poussa immédiatement et quelques temps plus tard une cathédrale fut érigée.
Cette légende, si bien ancrée dans les esprits qu’une procession se déroule tous les sept ans pour suivre le chemin présumé des Saints (la rue du Mont Cenis), aurait pu engendrer une véritable croissance urbaine organisée autour de la commémoration du miracle de Saint-Denis et de ses compagnons. Il n’en fut rien et Clignancourt reste un hameau bien paisible et bien isolé.
Si l’occupation de cette face nord de la colline de Montmartre remonte à l’époque romaine, elle est restée un lieu de culture jusqu’au 19ème siècle. Seules les voies de transit vers les plaines industrielles du nord et plus loin vers les pays du nord venaient animer ce paysage. Au cours du 19ème siècle et la première moitié du 20ème, l’urbanisation s’est accélérée et les constructions se sont multipliées dans un éclectisme stylistique étonnant que nous allons côtoyer tout au long de cette promenade.
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