Patrimoine ou logement social ?
En cette période hivernale les problèmes de mal-logement reviennent à l’ordre du jour comme chaque année. Cette année ce problème est renforcé encore avec la présence de la crise qui touche tant de personnes défavorisées. Se pose alors le problème des priorités et en particulier, de l’entretien du patrimoine. Est-il légitime de financer la réhabilitation d’une construction ancienne lorsque des personnes réclament la construction d’un toit ? La question s’est posée il y a précisément cinquante ans à André Malraux lorsqu’il défend sa loi sur la protection des secteurs sauvegardés, dite loi Malraux. Il venait juste six ans après le très connu « Appel de l’Abbé Pierre » pour reloger les centaines de milliers de sans-abri. Et Malraux a admirablement répondu en expliquant qu’il ne fallait pas opposer les deux situations : « Nous savons tous que si nous devions choisir, choisir irrémédiablement ; entre la vie d’un enfant inconnu et la survie d’un chef-d’œuvre illustre : La Joconde, La Victoire de Samothrace ou les fresques de Piero della Francesca, nous choisirions tous la vie de l’enfant inconnu. Mais cette question tragique est un piège de l’esprit. Jamais l’humanité n’a été contrainte de choisir et elle ressent invinciblement qu’elle doit sauver l’enfant et le chef-d’œuvre. Tolstoï demandait : « que vaut Shakespeare en face d’une paire de botte, pour celui qui doit marcher pieds nus ? » L’Union Soviétique, comme les démocraties occidentales, a pensé qu’il fallait fabriquer des bottes pour ceux qui n’en avaient pas – et leur faire lire Tolstoï et Shakespeare… »
Plus matériellement, Malraux argumente en faveur d’une réhabilitation également utile pour résoudre le problème de manque de logements : « Sauvegarder un quartier ancien, c’est donc à la fois en préserver l’extérieur et en moderniser l’intérieur, et pas nécessairement au bénéfice du luxe, puisqu’un certain nombre de maisons restaurées de l’îlot rive gauche sont destinées aux étudiants». Nous avons également quelques exemples actuels de réhabilitation dans le secteur sauvegardé du Marais à destination de logement social. C’est le cas du 4 de la rue du Roi Doré (qui avait subi un incendie entrainant plusieurs morts) ou de l’angle entre les rues Saint-Antoine et de Turenne.
On le voit, en temps de crise, le problème de la réhabilitation du patrimoine n’est pas simple mais elle peut aussi être vue comme créatrice d’emploi et source potentielle de logement social.
Remi Koltirine
Rédacteur en chef
Du vocabulaire architectural
L’architecture, le patrimoine sont des disciplines de spécialistes qui, comme pour toute corporation possède son propre vocabulaire. Régulièrement les rédacteurs de Patryst sont confrontés à ce problème. Nous pouvons vous expliquer que « le mur d’échiffre vient brutalement butter contre le piédroit de la porte » ou bien « que le mur de la cage d’escalier opposé au limon central, (c’est-à-dire à la pièce de bois ou de métal tournant en ellipse autour du vide central de l’escalier et soutenant la partie intérieure des marches) soutenant la partie extérieure des marches vient brutalement butter contre l’une des parties verticales maçonnées d’une baie soutenant le linteau (c’est-à-dire la partie maçonnée horizontale haute d’une baie ». La majorité de lecteur n’aura pas compris deux des mots da la première formulation, une autre majorité de lecteur se sera perdu avant la fin de la seconde phrase. On le voit, l’exercice de rédaction n’est pas toujours simple.
Mais le problème qui se pose pour l’auteur d’une version électronique est le même que pour une version papier. Louis XIV avait déjà demandé à André Félibien de rédiger un dictionnaire normalisant le vocabulaire architectural. Mais les techniques et les matériaux évoluant il s’est trouvé obsolète au XXème siècle. C’est pourquoi André Malraux et André Chastel souhaitaient qu’une version nouvelle de ce dictionnaire soit publiée. Mais il faut attendre 1996 pour que Jean-Marie Pérouse de Montclos réalise un tel ouvrage. Il vient de le rééditer dans une version complétée et plus largement illustrée en faisant LA référence en la matière. On peut désormais parler du « Pérouse de Montclos », comme on parle du « Vidal » en médecine.
Patryst est en train de s’intéresser à la nécessité de reprendre un dictionnaire électronique du vocabulaire architectural. L’intérêt serait, comme sur d’autres sites, d’avoir un accès direct à la définition du mot lorsqu’on butte dessus dans une lecture. Si vous avez un avis, n’hésitez pas à nous contacter sur ce sujet comme sur un tout autre aspect de Patryst ; vos suggestions seront les bienvenues. De même n’hésitez pas à rentrer vos propres fiches, ce site est fait pour cela.
Remi Koltirine
Rédacteur en chef
Communiquer sur le patrimoine
Notre patrimoine bâti est un bien que nous aimons, que nous nous approprions facilement et qui pourtant nous est étranger. En effet, chacun aime l’église romane de son village, reste intarissable sur le château voisin et emmène ses invités visiter les chefs-d’œuvre de sa région. Les journées du patrimoine font toujours le plein et donnent l’illusion d’un engouement de nos concitoyens pour leur patrimoine. Ce constat mérite tout de même quelques bémols.
Tout d’abord, nos connaissances sont souvent limitées à notre environnement proche qui n’est que rarement transposable. Si on sait donner la date de construction de notre église et affirmer que son style est « roman » nous ne saurons pas pour autant définir le style et l’époque de l’église voisine. Pour beaucoup la distinction entre roman et gothique se limite au passage du plein cintre à l’ogive alors que l’évolution est beaucoup plus profonde que cela. Pire encore rares sont ceux qui savent distinguer du gothique du 13ème siècle du néo-gothique du 19ème siècle. De même, pour une période plus récente, qui est capable de donner la différence entre de l’Art-Nouveau et de l’Art-Déco ? On le voit, notre amour de notre patrimoine mériterait d’être accompagné d’une solide formation.
Le classement des « monuments historiques » a permis, outre sa préservation, de faire connaitre le fleuron de notre patrimoine. Une entreprise a été pionnière pour faire connaitre ces monuments. Il s’agit d’un fabricant de pneumatiques qui, pour vendre plus de pneus voulait faire rouler plus loin et plus longtemps. Elle invente donc un guide dans lequel est recensé et expliqué l’ensemble de notre patrimoine. En expliquant que telle ville ou telle église « vaut le détour » ou « vaut le déplacement », ce guide amène le touriste à faire des kilomètres et à user ses pneus. Pour augmenter le nombre de destinations et de détours possibles, l’entreprise s’est attachée à faire classer comme monument historique un maximum de nos édifices.
Faisons abstraction du côté mercantile de l’opération pour saluer ce travail qui a largement contribué à faire progresser la connaissance de notre patrimoine. Dans ce même esprit de volonté de vulgarisation de la connaissance, Patryst, avec les moyens de notre époque, cherche à améliorer la communication sur notre patrimoine.
Pour mieux nous connaitre et mieux apprécier notre application, retrouvez-nous en ce mois de novembre
- Au salon du Patrimoine Culturel au Carrousel du Louvre du 3 au 6 novembre sur le stand de Vieilles Maisons Françaises VMF ;
- Au salon des Maires de France du 22 au 24 novembre sur le stand de la Fondation du Patrimoine et de la Fondation Total.
Remi Koltirine
Rédacteur en chef
Le Mobilier National
Pour meubler le Louvre, puis Versailles et les nombreuses résidences royales, les Rois successifs font appel aux meilleurs artisans de l’époque. Mais l’évolution des styles et des goûts amène à renouveler régulièrement meubles, tapis, tentures et autres lustres. Des manufactures sont créées pour répondre aux besoins en nouveautés tandis que, il y a trois siècles, était ouvert le « Mobilier Royal » pour stocker et entretenir l’ameublement momentanément obsolète. Aujourd’hui, bien que répondant aux différentes missions et répartis sur plusieurs sites en France, l’ensemble du service est regroupé sous l’égide de Mobilier National.
Manufacture des Gobelins
Tout a commencé lorsque Marguerite de Provence, veuve de Saint-Louis, désirant s’isoler dans un lieu éloigné de Paris se fait construire l’« Hôtel de la Reine Blanche » donnant sur les rives de la Bièvre. La même villégiature est habitée au 14ème siècle par Blanche de Bourgogne, épouse de Charles IV. Un siècle plus tard, la Bièvre perd son caractère bucolique pour être utilisé par des tanneurs qui apportent au quartier prospérité… et puanteur. Ce qui nous reste de l’« Hôtel de la Reine Blanche » ressemble assez à l’ancien séchoir à peaux. Il reste tout de même un des plus anciens bâtiments industriels de la capitale.
Jean Gobelin teinturier venu de Reims s’installe le premier vers 1440 dans ce vallon où la Bièvre alimente son industrie en une eau encore pure. Un de ses descendants, Gilles Gobelin, un temps associé à Canaye, agrandit son industrie au 15ème siècle. Un demi-siècle plus tard, Henri IV voit bien l’opportunité d’utiliser cet emplacement hors des murs pour y regrouper les mêmes activités. Il y installe deux tapissiers flamands en 1601. Mais c’est à Louis XIV que l’on doit la véritable naissance de cet ensemble industriel par la création, en 1667, de la manufacture royale des Meubles de la Couronne. Colbert y centralise divers ateliers de tapisserie, jusqu’alors dispersés dans Paris et y associe des ateliers d’ébénistes, d’orfèvres, de peintres, de lissiers, de sculpteurs, etc. et toutes autres corporations nécessaires pour réaliser l’ameublement de Versailles et autres dépendances. Son premier directeur, Charles Le Brun, développa la tapisserie de haute lice, et la Manufacture royale a fini par se consacrer exclusivement à cette activité, pour laquelle elle n’emploie que des fils teints par elle-même.
Pierre Mignard succède à Charles Le Brun en 1690 durant une période peu faste financièrement. A sa mort, en 1695, les ateliers sont fermés durant quatre années, pour réouvrir en 1699, sous la direction de Robert de Cotte. Ce dernier laissa peu de trace contrairement à un certain Jean Julienne, qui arrive aux Gobelins dans la première moitié du 18ème siècle par un biais de parenté. Or ce personnage détient un secret pour fabriquer une teinture en écarlate et bleu de roi tout à fait exceptionnelle. Il obtient l’extension des bâtiments et, avec la permission du roi, crée la Manufacture royale des draps fins et teintures en toute couleur. Le roi l’anoblit par lettres patentes de septembre 1736 et l’élève au rang de chevalier de Saint-Michel le 16 décembre suivant.
La renommée des Gobelins ne faiblit pas durant le 18ème siècle et va même croître au siècle suivant. En effet, le passionné M. Chevreul dirige les ateliers de teinture pendant plus de soixante ans avant de mourir à cent trois ans, en 1889. Durant cette longue période, dans son atelier, il poursuit des recherches pour affiner les nuances et multiplier les possibilités de coloris. Ce « laboratoire » reste une salle vénérée de la manufacture.
Aujourd’hui, la manufacture des Gobelins reste un atelier de production de tapisserie travaillant presque exclusivement avec des artistes contemporains et reste la plus importante manufacture au monde. Elle tisse principalement sur des métiers de « haute lisse », comme à l’époque de Le Brun mais n’a pas abandonné la savonnerie. La réalisation d’un mètre carré de tapisserie demande un effort d’une année pleine !
Depuis quelques jours et jusqu’au 11 décembre 2011, le château de Versailles présente une exposition consacrée aux collections et aux créations du Mobilier national, depuis ses origines jusqu’à nos jours.
Remi Koltirine
Rédacteur en chef
Economie et patrimoine
En cette période où les crises succèdent aux crises et où personne ne sait vraiment comment réguler l’économie dans le monde il est intéressant de se poser la question de l’économie du patrimoine. C’est un vaste sujet qui ne peut être traité dans un modeste éditorial, mais deux éléments préalables peuvent être signalés pour nourrir la réflexion.
Une première idée reçue doit être remise à plat. On entend toujours dire, par les maîtres d’ouvrage, par les élus par la presse, etc. que réhabiliter coûte toujours plus cher que de construire en neuf. Il faut battre en brèche cette affirmation. Elle est aussi simpliste que de proposer l’installation d’un convecteur électrique, moins cher qu’un autre type de chauffage. En effet, à l’achat et à la pause l’affirmation est exacte mais à l’usage, le convecteur est un véritable gouffre. Pour la réhabilitation le problème est plus complexe mais le résultat est similaire. Tout d’abord il faut envisager la distinction en amont du projet. Or généralement le maître d’ouvrage envisage un projet neuf avec ses surfaces et son programme puis tente de le faire rentrer dans une structure existante. Il y a forcément inadéquation et des aménagements lourds s’imposent. En revanche si le programme avait été pensé en fonction de l’existant, des aménagements plus souples et donc moins onéreux auraient suffis. Ensuite les structures lourdes du passée, une fois réhabilitées sont faites pour durer plus d’un demi-siècle sans autres interventions qu’un rafraichissement de la peinture. A l’opposé, une construction contemporaine a peu de chance de dépasser trente ans sans avoir à être profondément reprise. Autrement dit, si une réhabilitation est plus chère que du neuf, c’est d’une part par manque de réflexion sur le projet, d’autre part sur la non prise en compte de l’entretien à long terme sur le budget global.
L’autre contrevérité véhiculée est que réhabiliter des vielles pierre c’est dépenser de l’argent sans espoir d’avoir un retour. Une étude menée par la revue Atrium, et reprise ensuite par le ministère a montré tout le contraire. Ces deux études ne sont pas exhaustives et n’ont pas réellement de caractère scientifique mais le fait qu’elles aboutissent au même résultat montre tout de même l’intérêt de la chose. Que l’on soit dans un village, dans une ville moyenne ou dans une autre plus importante, ces études ont tenté de chiffrer les retombées économiques directes (visiteur, tickets d’entrées, etc.) et indirectes (commerce de tourisme, repas, nuitées, etc.) dans des communes ayant fait l’effort de mettre en valeur leur patrimoine. Le résultat est édifiant, le rapport entre la mise initialee et les plus-values réalisés est de un à sept. C’est-à-dire que pour un euro placé dans une réhabilitation du patrimoine, la commune récupère sept euros. Voilà des études que bien des maires devraient méditer.
Si le site Patryst s’implique pour faire connaitre le patrimoine aux français, il n’est pas, pour autant éloigné des réalités économiques et ne prône pas des réhabilitations à fond perdu. Ces études nous montrent que l’entretien et la réutilisation de notre patrimoine trouvent une justification économique bien ancrée dans la réalité.
Remi Koltirine
Rédacteur en chef
Patrimoine naturel
En cette période estivale propice aux promenades et randonnées dans la nature, patryst.com souhaite rappeler que notre patrimoine n’est pas composé que d’éléments bâtis. Les forêts, les vallées, les paysages, les jardins, etc. font également partie de notre patrimoine.
Prospère Mérimée était pionniers en matière de reconnaissance de monuments dont il est important de conserver la mémoire. En vue de cette conservation, il entame un inventaire de ces monuments. Pourtant, il se contentait de répertorier le bâti fait de la main de l’homme. Cette volonté de protection aboutit à la loi de 1913 qui classe les « monuments historiques » et les protège.
Rapidement, le classement de sites exceptionnels du paysage français s’est imposé pour éviter leurs disparitions. Dès 1930, une nouvelle loi apparait en vue de protéger les sites remarquables. Cette notion fait entrer une part importante de subjectivité et, parfois, peut apparaitre ambiguë. En effet, si on peut supposer les cathédrales éternelles, un paysage et à fortiori un arbre est forcément livré aux contraintes naturelles qui en limitent la préservation. Un arbre peu mourir, une colline peut disparaitre sous l’effet du vent ou de l’eau de ruissellement. Quel paradoxe de vouloir fixer pour l’éternité une dune comme celle du Pilat alors que le vent la façonne et la déplace quotidiennement.
Pourtant, les paysages que nous admirons durant nos vacances nous sont chers et nous souhaitons les retrouver d’années en années. Au-delà de la loi de 1930, de nombreux textes sont venus compléter la protection du paysage : on trouve ainsi les lois « littoral » et « montagne » mais également la création des parcs nationaux puis régionaux. Ainsi, la nature, dans la mesure où nous respectons tous les règles fixées par l’Etat, est bien protégée et les plus beaux sites ne devraient pas disparaître rapidement. Evidemment, un bel arbre, comme un bâtiment remarquable n’est pas à l’abri d’un déclassement ou d’une erreur de manœuvre malencontreuse d’un bulldozer…
La revue Paris Patrimoine, en faisant son dernier numéro sur « l’arbre à Paris » a ouvert la voie vers l’intérêt pour le patrimoine naturel, à vous de faire bénéficier le site « patryst » des plus beaux paysages naturels français.
Remi Koltirine
Rédacteur en chef
Les 800 ans de la cathédrale de Reims
Il y a 800 ans, le 6 mai 1211, la première pierre d’une cathédrale dédiée à Notre-Dame est posée à Reims. Le Saint local, Remi, baptiseur de Clovis, a déjà une superbe église romane qui lui est dédié, un peu à l’écart du centre urbain. La cathédrale se rapproche du centre et, est bâtie dans un style plus moderne. Le Roman, assez austère, peu lumineux implanté dans des zones calmes appelle à la méditation silencieuse. A l’inverse, le gothique, plus fin, aux lignes épurées de toutes surcharges, dégageant de larges vitraux est un appelle à l’élévation de l’âme vers le ciel.
Elle remplace une ancienne cathédrale ravagée par le feu en 1207 (ou 1210 suivant les sources). L’architecte Jean d’Orbais en dresse immédiatement les plans mais, il faudra plus longtemps que le règne de Saint-Louis pour achever le cœur et la nef de cet édifice. Le cœur fut consacré par les chanoines le 8 septembre 1241 et la nef principale de 138 mètres de haut, flanquée de ses deux bas-côtés ne sont achevés qu’en 1275. Les deux tours ainsi que la façade sont, elles, du XV° siècle.
En souvenir de Clovis et de son baptême par Saint-Remi, (on trouve un statuaire de ce baptême au centre du porche central) 25 rois de France sont venus s’y faire sacrer. Le premier fut Louis VIII en 1223, la cathédrale n’avait pas encore de cœur achevé. Le dernier fut Charles X en 1825. Les deux empereurs Napoléons se sont contentés de Notre Dame de Paris.
On vient admirer Notre-Dame de Reims, pour la cohérence d’ensemble qui en fait l’un des plus beaux témoignages de l’art gothique. Son statuaire médiéval est également absolument remarquable et notamment son « ange au sourire » connu dans le monde entier. Pour entourer cet ange, la cathédrale possède plus de 1 300 statues dont 72 personnages rien que pour la galerie des Rois.
Mais, si nous venons admirer une remarquable œuvre gothique, il faut avoir présent à l’esprit qu’à l’issue de la première guerre mondiale il ne restait rien de cet édifice… ou si peu. Grâce au financement de John Rockefeller et au talent de l’architecte Henri Deneux elle fut entièrement rebâtie. Mais, ce dernier, contraint par un manque de bois, dessina une charpente en béton armé. Malgré cette liberté prise avec l’histoire de ce bâtiment et de la construction en générale donne tout de même un résultat admiré de tous ! Cela amène une pierre au débat de la notion de préservation du patrimoine.
Remi Koltirine
Rédacteur en chef
Connaître pour mieux protéger
Il y a quelques temps nous nous sommes émus du manque d’entretien de la maison de Napoléon à Sainte-Hélène en regrettant que la France abandonne ainsi son patrimoine. Cette attitude n’est hélas pas propre à notre administration.
Que l’on se rappelle ainsi de la maison des gladiateurs sur le site archéologique vieux de plus de 2 000 ans dans l’antique ville de Pompéi en Italie. Le lieu était déjà fermé pour son état de délabrement inquiétant mais le gouvernement italien restait sans rien faire. Il suffit alors d’une pluie un peu plus longue et plus forte pour avoir raison de cette maison. Voilà un patrimoine à la valeur historique inestimable définitivement perdu par simple négligence des hommes. Les briques vont être conservées une par une dans un musée ! Est-ce plus utile et moins onéreux que d’avoir entretenue la maison ?
En Asie, c’est un conflit frontalier entre le Cambodge et la Thaïlande qui a endommagé un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le temple de Preah Vihear, dédié à Shiva qui s’étend le long d’un axe de 800 mètres de longueur. Il est composé d’une série de sanctuaires construits durant la première moitié du 11ème siècle. Ce temple, remarquable pour la qualité des ornementations de pierres sculptées et son architecture a bien failli disparaître par la bêtise des hommes.
Revenons en France où la saga la chapelle de l’hôpital Laënnec se poursuit. Cet édifice de grande qualité architecturale, construit en 1634, renferme les tombes, entre autre, du cardinal François de La Rochefoucauld et de quatre générations de Turgot ainsi que de l’évêque de Belley et de Pierre Camus. Lors de sa construction elle était destinée aux plus nécessiteux. Un temps vouée à la démolition elle est aujourd’hui sauvée mais doit servir de salle polyvalente. On pourra ainsi aller danser sur les tombes de nos illustres ancêtres !
Si ces exemples de patrimoine en perdition ont eu quelques échos dans la presse, la grande majorité de nos édifices ou de nos sites remarquables disparaissent dans le silence et l’indifférence les plus complets. Le meilleur moyen de lutter contre cette indifférence est d’intéresser et de sensibiliser le plus grand nombre au patrimoine. Patryst participe à la diffusion de la connaissance du patrimoine et espère bien par ce biais participer, avec vous, à sa meilleure prise en compte.
Remi Koltirine
Rédacteur en chef
Un patrimoine en devenir
Comment juger aujourd’hui ce qui est amené à devenir le patrimoine de demain. C’est-à-dire comment juger une construction récemment achevée ou pire encore un projet. Si on écoute les auteurs de 1900, la tour Eiffel doit immédiatement disparaitre tant elle massacre le paysage parisien ! Il faut immédiatement enfermer en asile psychiatrique ou au moins interdire la pratique de l’architecture à Hector Guimard auteur des stations de métro parisiennes. On parlait de « style nouille », des « vers se déplaçant sur le trottoir, de langoustes brandissant leurs yeux oranges au bout de tentacules vertes… Ces deux exemples tant décriés sont aujourd’hui les plus représentatifs du patrimoine de ce début du XXe siècle.
Y-a-t-il eu des voix pour défendre ces constructions pour expliquer que ces « monstres du non-sens » formeraient le patrimoine de demain. S’il s’en est trouvé nous n’en avons plus de trace. Il semble bien que chacun se ralliait à la parole de quelques artistes incontournables qui « savaient » ce qu’était le beau promis à une reconnaissance éternelle. Se sont-ils toujours trompés ? Surement pas, sans doute, au hasard de quelques articles trouverons nous des critiques qui se révèlerons confirmées par la postérité, mais rien n’est moins incertain que le jugement d’un artiste ou d’un critique d’art sur la production de son époque.
Aujourd’hui la situation n’a pas changé et une poignée d’architectes tiennent alternativement le crayon pour dessiner un projet, tantôt le couperet pour juger un concours, tantôt la plume pour encenser la production d’un confrère qui vient de lui offrir un chantier. Ces quelques « penseurs de l’avenir » sont sensés trancher pour faire notre patrimoine de demain. Auront-ils la main plus heureuse que leurs ancêtres, on peut en douter.
Alors n’entrons pas de le concert des critiques critiquables et contentons-nous de signaler le résultat du concours pour la construction d’un centre culturel russe et de son église au quai Branly. Certes, cette dernière fera forcément partie de notre patrimoine par son statut de temple cultuel, mais sera-t-elle pour autant adulée pour son aspect esthétique ? Notons simplement que les fameux bulbes dorés sont noyés dans une sorte de canopée qui rentre bien dans une forme décidément très à la mode.
L’ambassade de Russie à Paris a présenté le résultat du concours international pour la création de la future église orthodoxe russe qui sera édifiée à Paris. L’équipe d’architectes lauréate de ce concours est franco-russe : Sade et Arch Groupmenée. Elle est menée par l’Espagnol Manuel Nunez Yanowsky. Cinq bulbes dorés s’élanceront à 27 mètres au-dessus du sol au-dessus d’un léger voile en verre. Les travaux devraient débuter au début de 2012.
Remi Koltirine
Rédacteur en chef
Un patrimoine évolutif
Dans un récent colloque intitulé Cinquante ans après, Culture, politique et politiques culturelles, Krzysztof Pomian vient ajouter une pierre à l’évolution de la notion de patrimoine : « Le patrimoine, longtemps considéré comme une affaire du passé, comme un simple héritage, est devenu l’un des instruments disponibles pour façonner l’avenir. Dès lors, la question du patrimoine devient politique ; elle acquiert une visibilité et n’est plus le seul ressort de l’inspection des monuments historiques. Le patrimoine cesse d’être un ensemble fermé de monuments produits par le passé pour devenir un ensemble ouvert d’éléments qui s’y ajoutent au fur et à mesure. Il n’est plus une donnée, il est à la fois approprié, modifié au cours de cette appropriation et transmis sous cette forme nouvelle. »
Rappelons que la notion de préservation du patrimoine est apparue après la révolution. Certains se sont émus de la démolition systématique de toute référence à la monarchie ou au catholicisme et ont proposé de préserver les « chefs d’œuvre de l’art ». Quelques églises et des palais furent ainsi sauvés de la démolition ; Il furent tout même bien aidés par ceux qui transformèrent les églises en entrepôts ou en salles de spectacles. Lorsqu’au cours du 19ème siècle ces édifices furent protégés pour ce qu’ils étaient, c’est à dire des monuments ? Ils sont alors sacralisés, deviennent intouchables et engendrent même un écrin qui les protège de toute agression dans un rayon de cinq cent mètres. On observe une dichotomie entre le monument et le bâti courrant.
Une première transgression à cette distinction arrive avec Malraux. Il ne vient pas désacraliser le « monument » mais donne accès au sérail à de l’architecture plus commune. Deux étapes marquent son ministère : les secteurs sauvegardés en 1962, qui protègent désormais une centaine de centres-villes anciens ; l’inventaire décidé en 1964 est sensé répertorié l’ensemble du patrimoine monumental ou non. Dans un premier temps, ces deux lois ont étendu le champ de définition du monument en y incluant des morceaux de ville ; mais depuis deux ou trois décennies la notion de patrimoine dépasse peu à peu le monumental. Dans un premier temps c’est la période historique qui change de dimension. Alors qu’il était impossible pour les historiens de dépasser le 18ème siècle, progressivement les 19ème et 20ème siècles deviennent acceptables. C’est ainsi que, progressivement, des constructions se sont trouvées protégées alors qu’elles avaient encore leur fonction d’origine. C’est à dire qu’on ne protège plus des « vieilles pierres » pour leur âge mais des œuvres pour leurs qualités intrinsèques.
Françoise Choay fait apparaître la nécessité d’un lien entre le contenant et le contenu pour donner une valeur au patrimoine. Sans aller jusqu’à dénier la valeur patrimoniale d’un monument vidé de son sens, elle n’accorde de l’intérêt qu’à du bâti habité. La réflexion de Krzysztof Pomian dépasse encore cette notion en disant que la valeur patrimoniale se transforme avec l’évolution de sa destination. Plus la réflexion sur la notion de patrimoine évolue, plus la place de l’habitant prend de l’importance.
Remi Koltirine
Rédacteur en chef
La Bérézina à Sainte-Hélène
Certes, le respect pour Napoléon 1er n’est pas perçu de façon similaire que l’on se place du point de vue français ou d’un autre pays d’Europe. Pour nous, Français, c’est un grand homme ayant rétabli la paix dans son pays, ayant doté la justice de codes modernes et efficaces, toujours en vigueur, ayant modernisé la vie quotidienne en apportant de l’eau et de l’éclairage dans les villes et en restaurant le système de circulation, etc. Les exemples d’innovations apportés par Napoléons 1er sont infinis ; mais son règne fut court et la concrétisation ne fut pas toujours à la hauteur des ambitions. Vu d’un autre pays européen, il est plutôt un envahisseur, un tortionnaire et un tyran. Mais quelle que soit l’opinion, il reste un grand homme ayant marqué profondément le début du 19ème siècle et dont l’influence est encore prégnante quotidiennement.
Napoléon 1er termine sa vie isolée, au milieu de l’Atlantique sud à Sainte-Hélène à partir du 1er décembre 1815. Les Anglais maintiennent cet isolement, les Français ne font rien contre… Il y meurt le 5 mai 1821 et y est incinéré. Il faut attendre Napoléon III pour que les Français s’intéressent au dernier lieu de vie de l’Empereur et qu’il devienne un lieu de Mémoire. L’ensemble, réparti en trois domaines revient à l’Etat français par l’achat en 1858 de Longwood ( sa dernière demeure) et de la Tombe par Napoléon III. Le dernier domaine, Briars, lieu de sa première résidence, fut donné en 1970 par les descendants de la famille Balcombe.
Cet ensemble est maintenu par un Consul honoraire de France, conservateur des domaines, qui peut parer à l’entretien général et maintenir la précieuse collection de gravures et de meuble de l’époque. Malgré l’isolement et l’absence de moyen de transport, se sont tout de même 15 000 personnes qui se rendent à Sainte-Hélène tous les ans pour visiter les derniers domaines napoléoniens. Aujourd’hui, les constructions n’ont plus besoin d’un simple entretien mais d’une véritable réhabilitation. La Fondation Napoléon a ouvert une souscription pour aider l’Etat français à maintenir debout le souvenir d’un de ses plus illustres représentants.
www.napoleon.org
Remi Koltirine
Rédacteur en chef
En quoi le patrimoine nous est-il utile ?
La question pourrait être la même que : en quoi l’histoire nous est-elle utile ? L’histoire est notre mémoire collective, elle nous indique d’où nous venons, comment vivaient nos ancêtres, quelles étaient les relations entre les peuples, les Etats, etc. Bien sur l’histoire est importante pour notre propre culture, mais connaître l’histoire c’est avoir des références pour construire l’avenir ; connaître les erreurs ou les victoires du passé doit nous permettre d’éviter de reproduire les premières et de prendre exemple pour les secondes… Bien que l’actualité nous prouve quotidiennement l’inverse il ne faut pas se lasser de tenter de s’appuyer sur la connaissance de l’histoire pour mener une politique intelligente.
Le patrimoine apparaît comme l’un des supports majeurs de l’écriture de notre histoire, au même titre que les hommes, lorsqu’ils sont encore vivants, les écrits, les photos ou les films. Mais le patrimoine bâti possède quatre vertus que n’ont pas les autres formes d’écritures de l’histoire. Il est pérein, il est objectif, il ne sélectionne pas sur des critères sociaux et il reste fonctionnel.
Avec un minimum d’entretien, sa pérennité dépasse largement les siècles voire même les millénaires. Alors que les paroles du dernier « poilu » se sont éteintes définitivement il y a quelques mois, les constructions de l’époque de sa naissance sont considérées comme « moderne ». Si l’on possède quelques élément sur la vie de nos ancêtres les néandertaliens, c’est bien grâce aux traces de leur habitat ou autres constructions.
Le débat sur l’objectivité des historiens est passé depuis longtemps et on sait bien que chacun d’entre eux est « formaté » par sa culture, ses acquis et son environnement social. Sans vouloir s’éloigner d’une certaine réalité, l’histoire doit sans cesse être réécrite. Suivant le point de vue que choisi l’historien, elle prend des aspects qui peuvent être diamétralement opposés.
Les traces du passé que nous laissent notre patrimoine est fort divers et se moquent bien souvent de l’activité qui s’y déroulait. Certes, le bâti rural ou ouvrier ne possédait pas souvent les mêmes qualités constructives que le monumental et est donc conservé dans de moins grandes proportions, mais, contrairement à l’histoire écrite, le patrimoine ne sélectionne pas que les châteaux. Au-delà des logements princiers, on trouve tout un patrimoine de moulins, de lavoirs de corps de ferme, ou de bâtis traditionnels urbains des centres villes. Ce patrimoine de proximité nous parle autant de la vie du commerçant, du paysan, de l’ouvrier que de celle des rois.
Enfin ce patrimoine de proximité n’est pas muséifié mais est encore habité au quotidien par des hommes et des femmes qui ne s’habillent pas comme au Moyen-Age mais bien de façon contemporaine. Tout le confort moderne a investi les « vielles pierres » mais la façon de vivre dans une construction ancienne n’est pas celle de l’appartement numéro 425 de la barre B12. Cette façon d’être en osmose avec son « nid » au sens que donne Bachelard à son « chez soi », est une expérience qui est plus didactique que n’importe quel livre d’histoire.
S’intéresser au patrimoine c’est apprendre l’histoire, et s’intéresser au patrimoine de proximité, c’est voir notre passé sous un autre angle que l’histoire des rois et des princes pour s’attacher à la vie quotidienne des nos ancêtres… Nous ne sommes pas tous descendants de Louis XIV. Protéger notre patrimoine a une valeur de mémoire, le maintenir avec une activité quotidienne prend une dimension pédagogique.
Remi Koltirine,
Rédacteur en chef
Albi au patrimoine mondial de l’humanité
D’où vient la cité épiscopale ?
Le site forme un oppidum facilement protecteur, déjà occupé à l’age de bronze. Mais c’est durant le siècle entourant la naissance du Christ que le lieu commence à prendre de l’importance. Dès le 4ème siècle la ville de « Castelviel » devient le chef-lieu d’une civitas et la tête d’un évêché. Son importance religieuse et politique entraîne la construction d’une enceinte protectrice. Cette dernière engendre la forme urbaine de façon définitive ; toutes les progressions s’y référeront.
En 1040, un pont est construit sur le Tarn. La Cité peut alors devenir un point de passage important vers le bas Languedoc et la Catalogne. La ville outre Tarn profite du transit et se développe rapidement. La progression urbaine est rapide multipliant l’apparition de nouveaux quartiers encore discernables aujourd’hui ; Castelnaud au sud de la cathédrale, puis Combes et berges de Tarn. Une seconde muraille s’impose alors, unifiant ces quartiers.
A partir de la fin du 12ème siècle Albi devient le lieu important d’une forme dissidente de catholicisme regroupant les « Albigeois », plus connus sous le vocable de « cathares ». La cité en devient leur symbole et, la répression de ces hérétiques, menée par l’évêque Bernard de Combret, va donner lieu à des constructions montrant la force de la « loi ». Il érige un puissant château qui deviendra le palais de la Berbie. Plus tard, en 1277, sont successeur, Bernard de Castanet, toujours confronté aux problèmes d’hérésie décide de s’imposer par l’agrandissement de la Berbie et par la construction d’une cathédrale monumentale. Elle sera achevée en 1282.
Au 14ème siècle la guerre de cent ans oblige la ville à renforcer ses murailles. Ensuite, après une triste période où la famine et la peste se disputent le premier rôle, la ville retrouve son calme et devient très prisée par la bourgeoisie qui y jouit d’un commerce prospère. Les constructions de prestiges s’y multiplient. Peu avant la révolution la majorité des remparts sont abattus.
Au 19ème siècle, l’ingénieur Mariés fait à Albi ce qu’Haussmann réalise à Paris. Il dégage les abords de la cathédrale et ouvre la rue Sainte-Cécile. La cathédrale est réhabilitée par un élève de Viollet-le-Duc, César Daly.
Dans les années 1960 la cité d’Albi est protégée par la création d’un secteur sauvegardé grâce à la toute nouvelle loi dite loi « Malraux ».
Cette année, le 31 juillet 2010, le Comité du Patrimoine Mondial a inscrit la Cité Episcopale d’Albi sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO.
Remi Koltirine,
Rédacteur en chef
Journées du patrimoine
Bientôt les journées du patrimoine. Une occasion d’utiliser patryst pour entre deux monuments ouverts exceptionnellement pour cette occasion ; plutôt que de prendre le chemin le plus direct, faites-vous votre propre itinéraire pour passer voir quelques curiosités.
Mais à cette occasion, vous pouvez tenter le jeu ouvert par la mairie de Paris. En effet, patryst a été choisi par la capitale pour servir de support pour un jeu promenade à travers Paris où il vous faudra répondre à des questions. Une façon ludique de redécouvrir la ville et d’en parfaire sa connaissance.
Ce sera l’occasion pour vous de faire une visite où se côtoieront les plus grands monuments parisiens et les décors plus anecdotiques. Ainsi, entre la tour Eiffel et l’Ecole militaire, surtout, allez voir la maison de l’araignée. Elle se situe au 16 avenue Elysée Reclus et la fiche de patryst vous aideras à trouver l’araignée.
Et surtout n’hésitez pas si vous trouvez une façade qui vous intéresse à créer une nouvelle fiche. Vous pouvez le faire directement sur place à l’aide de votre iPhone.
Bonnes journées du patrimoine et bonnes photos.
Remi Koltirine
Rédacteur en chef
En cet été 2010, le site patryst.com commence à montrer tout son intérêt et ce qui fait sa raison d’être, du moins pour la capitale. Vous êtes Parisien ou vous y venez en visite pour vous rendre comme tout le monde vers les monuments les plus connus. Cela n’importe quel guide papier ou électronique vous le procure. Mais avec patryst, lorsque vous redescendez de la tour Eiffel, vous pouvez repérer quelques dizaines d’immeubles ou de monuments moins connus situés à moins de cinq minutes à pied. Vous pouvez donc découvrir un autre Paris des recoins insolites, des façades Art-Nouveau de tout premier plan, une araignée minérale se promenant sur une grappe de raisin, un renard qui se cache dans une niche, une tête de bœuf en lave émaillée, etc.
Vous êtes venu en pensant ne voir que les quelques monuments les plus réputés de la ville « lumière » avec son prestige et ses nuits folles et vous découvrez une ville secrète, intime pleine de richesse et qui mérite de s’y attarder. Alors bonne promenade à la carte dans cette ville incroyablement riche mais au combien méconnue.
Remi Koltirine
Rédacteur en chef
Vouloir unir le patrimoine et les nouvelles technologies relève du même pari que le mariage de la carpe et du lapin. Ce défi, patryst.com est en train de le relever avec vous. Car, contrairement aux autres sites diffusant sur le patrimoine, patryst.com ne se contente pas d’être un dictionnaire informatique d’éléments connus et déjà abondamment diffusé en forma papier ; ce n’est pas la énième banque de données diffusant sur les plus grands monuments français choisis par un érudit nous imposant ses propres goûts ; c’est bien l’utilisation des capacités de l’informatique mises à la disposition de chacun pour aborder le patrimoine suivant ses propres critères.
Cette innovation, le ministère de la Culture et de la Communication l’a bien vu. En répondant à un appel à projet de ce ministère et plus particulièrement son « Services numériques culturels innovants » qui « souhaite en 2010 s’engager dans une démarche de soutien à l’innovation numérique pour développer des usages culturels numériques innovants tout en s’appuyant sur des contenus numérisés disponibles. »
Patryst.com a répondu à cet appel à projet en proposant de faire évoluer votre outil. Jusqu’à présent le site Internet était interactif mais l’application iPhone ne permettait que de recevoir. Demain, grâce au concours du ministère, vous pourrez, directement dans la rue, prendre une photo, écrire un commentaire et intégrer cette nouvelle fiche sur le site. Rentré chez vous vous pourrez la compléter, mieux l’informer et apporter des précisions. De même, prochainement vous pourrez retrouver votre application sur iPad avec des images de meilleure qualité.
Remi Koltirine
Rédacteur en Chef
Ce livre que Françoise Choay, philosophe et urbaniste, a publié au Seuil en 2009 remue bien des questions pour de prétendus défenseurs du patrimoine !
Françoise Choay commence en faisant la distinction entre deux types de monuments.
- Le monument ayant une valeur « mémorial » qui s’accompagne d’une pratique culturelle ou cultuelle, où se déroule le « repas totémique ». Elle le définit par cette phrase : « Le monument se caractérise ainsi par sa fonction identificatoire. Par sa matérialité il redouble la fonction symbolique du langage dont il pallie la volatilité, et s’avère un dispositif fondamental dans le processus d’institutionnalisation des sociétés humaines ».
- Le monument plus simplement historique qui n’a de valeur que par ce que nous y apportons de notre savoir, de notre façon de vivre, de notre comportement. Privé de sa valeur d’usage (ou d’un usage qui n’est pas celui d’origine mais qui peut être adapté) ce monument n’a plus réellement de valeur historique. Que dire des villes proprement « muséifiées » ne servant qu’à satisfaire des masses de touristes, endoctrinés par un médiocre guide, en mal de prendre « la photo-carte-postale ! » Combien plus intéressante est la démarche de ce village de Saint-Macaire dans lequel chaque réhabilitation est destinée à donner une nouvelle fonction au bâti, à recréer une vie de village, à redonner du sens au bâti. « Le meilleur moyen de conserver un édifice, c’est de lui trouver un emploi ».
Françoise Choay dénonce un système de protection qui fait la confusion entre les deux cas. S’il est envisageable de protéger un mémorial pour sa valeur intrinsèque, il lui semble incongru de protéger du bâti en faisant abstraction d’une valeur d’usage. Cette confusion amène à sacraliser un bâti qui se transforme alors en musée sans en avoir le potentiel. Il perd alors de son intérêt historique, il n’a plus de sens. Elle donne l’exemple d’un temple japonais qui était traditionnellement rebâti à l’identique tous les vingt ans. En réalité pas tout à fait à l’identique car c’était l’occasion pour chaque artisans de montrer son savoir-faire. Régulièrement, il modifiait légèrement l’œuvre pour montrer à tous, l’excellence de ses capacités à faire mieux que précédemment. Récemment, des protecteurs du patrimoine ont imposé la reconstruction strictement à l’identique et ont utilisé des techniques modernes de comparaison. Ce faisant, ils étaient les seuls à le savoir, il n’avait fait que reproduire un bâtiment vieux de seulement vingt ans et les artisans n’y ont trouvé aucun intérêt.
Une seconde critique de Françoise Choay concerne la protection du patrimoine, telle qu’elle a été imposée, ne se fondant que sur une pratique et un savoir européen. Or, la valeur mémoire du passé n’est pas universelle. Pour certaines civilisations, la valeur et la mémoire du rite sont plus importantes que la mémoire des pierres. Les artisans japonais, en perdant leur raison de développer l’excellence, perdent leur mémoire. En transposant notre façon de faire européenne, on détruit des pans entiers du patrimoine des autres civilisations.
Or, c’est bien notre culture européenne qui impose au monde sa propre expérience qu’elle imagine, unilatéralement, universelle. Ainsi, à la « Conférence d’Athènes sur la conservation des monuments d’art et d’histoire » de 1931, sur les cent dix huit participants, tous étaient Européens ! Françoise Choay dénonce vertement ce processus de normalisation et pour ce faire s’appuie beaucoup sur les écris de Claude Lévi-Strauss : « Il n’y a pas, il ne peut y avoir, une civilisation mondiale, au sens absolu que l’on donne à ce terme, puisque la civilisation implique la coexistence de cultures offrant entre elles le maximum de diversités et consiste même en cette coexistence ».
Cette négation de la coexistence de cultures qu’entraîne l’universalisation du traitement des monuments en général est aussi une muséification. C’est encore Claude Lévi-Strauss qu’elle cite pour critiquer cet état de fait : « mouvement qui entraîne l’humanité vers une civilisation mondiale, destructrice de ces vieux particularismes auxquels revient l’honneur d’avoir créé les valeurs esthétiques et spirituelles qui donnent son prix à la vie et que nous recueillons précieusement dans les bibliothèques et dans les musées parce que nous nous sentons de moins en moins certains d’être capables d’en produire d’aussi évidents ».
Ce livre qui est un véritable brûlot jeté dans la paisible mare bien pensante de ceux qui ont confondu patrimoine et patrimoine historique, de ceux qui prétendent préserver en muséifiant, n’est pourtant pas négatif. Françoise Choay conclut par une phrase d’Alberto Magnaghi que nous reproduisons ici : « Sous les coulées de lave de l’urbanisation contemporaine, survit un patrimoine territorial d’une extrême richesse, prêt à une nouvelle fécondation, par de nouveaux acteurs sociaux capables d’en prendre soin. Ce processus est en voie d’émergence, surtout là où l’écart entre la qualité de la vie et la croissance économique est le plus flagrant ».
Rentrer le patrimoine dans un site comme patryst.com ne doit pas nous affranchir de ces notions que Françoise Choay a si bien mises en valeur. Le risque de l’informatique est d’uniformiser encore plus le patrimoine en mettant sur le même plan, dans une fiche formatée, un temple aztèque et un lavoir breton.
A nous, à vous, de faire en sorte que les descriptifs, entrées sur le site patryst.com, ne soient pas une simplification du patrimoine. Efforçons-nous d’y introduire toutes les valeurs qui constituent le patrimoine, qui l’enrichissent pour que toutes nos diversités culturelles puissent s’y côtoyer.
Remi Koltirine
Rédacteur en Chef
Éditorial du 15 janvier 2010
A l’heure où la place de l’enseignement dans l’histoire fait débat, Patryst tente d’apporter sa contribution à la connaissance de notre passé. Découvrir l’histoire est trop souvent une démarche totalement abstraite et parfois absconse. Nous connaissons tous « Marignan 1515 » mais peu d’entre nous arrivent à situer le lieu de la bataille et encore moins à appréhender le contexte dans lequel vivaient les contemporains de cette victoire pour François 1er.* En parcourant le patrimoine de nos villes et de nos campagnes on rentre dans l’histoire de façon concrète et ludique.*
Au-delà des grandes cathédrales et des châteaux qui nous attirent tous, ce site se donne aussi pour mission de faire découvrir ce qui entoure ces monuments incontournables. A deux pas de la tour Eiffel, la « maison de l’araignée » est un formidable hôtel particulier Art-Nouveau devant laquelle des millions de touristes déambulent sans jamais le voir. A Vézelay des cohortes de visiteurs montent vers l’abbatiale sans jamais prendre la mesure de l’extraordinaire cité médiévale qu’ils traversent. Or resituer un monument dans son contexte architectural et urbain c’est le placer dans l’évolution de la ville c’est le positionner dans son contexte historique. Visiter une église médiévale pour sa qualité artistique est une bonne chose mais prendre conscience que l’église gothique est systématiquement en centre ville alors que le style roman ne se trouve qu’en périphérie ou à la campagne, oblige à se poser la question du contexte historique dans lequel l’une et l’autre ont vu le jour.
La banque de données de patryst est vouée à être suffisamment importante pour que chacun, dans une démarche qui reste personnelle, puisse enrichir ses connaissances de l’histoire en ne faisant qu’une simple et agréable promenade.
Mais pour obtenir une telle base de données nous avons besoin de vous les membres pour faire connaître ce site et participer à son enrichissement en créant des fiches. C’est toute la démarche collaborative du site.
Alors excellente année 2010 et rendons actif la communauté Patryst !
Remi Koltirine
Rédacteur en Chef
Réaction